La force des réseaux féminins

Accéder aux responsabilités n’est pas seulement une question de compétences, encore faut-il être repérée et s’exposer !

Dans un pays où la cooptation à des postes de responsabilités se fait essentiellement par le réseau, les femmes sont désavantagées de facto…

Les hommes ont compris depuis longtemps que les réseaux leur sont utiles professionnellement et socialement tout en leur procurant un moment privilégié de détente et de convivialité. Leurs réseaux sont influents et peuvent peser dans la nomination d’un homme à un poste de pouvoir. Les femmes dont l’emploi du temps est partagé entre vie professionnelle et vie familiale passent de fait moins de temps à « réseauter » voire culpabilise de délaisser mari et enfants le temps d’un dîner-débat, d’une réception ou d’un atelier de travail qui pourtant pourrait leur être fort utile.

Cependant les réseaux professionnels ou sociaux de femmes se sont considérablement développés ces vingt dernières années en France grâce notamment à des femmes déterminées qui dénoncent le plafond de verre. A tel point qu’aujourd’hui ces réseaux féminins commencent à peser et peuvent constituer une force de lobbying, notamment auprès du législateur ou des décideurs politiques. On l’a vu récemment avec la mesure sur la féminisation des conseils d’administration des grandes entreprises qui annonce des objectifs et un échéancier pour faire progresser concrètement la proportion des femmes dans ces instances.Toutefois ces réseaux ont besoin d’être renforcés pour favoriser durablement l’accès des femmes aux postes de responsabilités et l’égalité femmes/hommes dans tous les aspects de la vie.

On compte environ 200 réseaux professionnels destinés aux femmes, entre les réseaux par secteur économique (médias, nouvelles technologies, communication, finance, immobilier, bâtiment…), les réseaux par fonction (directrices de la communication, directrices des achats, juristes, ingénieures, directrices marketing, assistantes de direction…), les réseaux d’anciennes (par école), les réseaux de femmes cadres et dirigeantes (Féminin Pluriel, EPWN, Terrafemina), les réseaux interentreprises (Inter’Elles, Accent sur Elles…), les réseaux internes à chaque entreprise, les réseaux par passion ou loisirs (oenologie, gastronomie, golf…). Ces réseaux ont bien sûr leur spécificité mais leur point commun est de permettre aux femmes de se rencontrer, de leur offrir un espace et un temps pour l’échange, le partage et la convivialité, tout en contribuant à la défense des droits et à la place des femmes dans la vie sociale, économique voire publique.

Les questions à se poser

  • Est-ce utile ?

    OUI OUI et encore OUI ! Car adhérer à un réseau c’est s’ouvrir à d’autres perspectives. Il est toujours utile d’enrichir son carnet d’adresses et de développer son réseau relationnel qu’on soit en activité ou pas, et c’est encore plus essentiel quand on est en recherche d’emploi. Intégrer un réseau c’est aussi partager des expériences, échanger avec d’autres sur son métier, son secteur, ou tout simplement sa vie de femme active.

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  • Combien de temps ça prend ?

    Le temps d’une soirée ou d’un déjeuner, à un rythme mensuel car les fondatrices de réseaux ont compris qu’il fallait organiser ces rencontres en dehors des heures de bureau, dans un esprit de convivialité autour d’une personnalité et d’un thème.

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  • Est-ce bon pour ma carrière ?

    Les réseaux professionnels ont souvent pour vocation d’apporter des réflexions et des solutions pragmatiques sur des questions liées à la vie professionnelle ou à l’entreprise, surtout quand ces réseaux sont spécialisés sur une fonction ou un secteur d’activité. Certains réseaux proposent des formations, des ateliers de leadership, du coaching ce qui permet de développer ses compétences, d’acquérir de la confiance en soi, et de progresser à terme dans sa vie professionnelle.

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  • Est-ce que ça m’engage dans des obligations ?

    Chaque réseau a son règlement et ses conditions d’adhésion mais la participation n’est jamais contraignante. Toutefois certains réseaux fonctionnent sur un critère de solidarité entre membres. On participe à un réseau pour s’enrichir humainement, socialement mais aussi pour apporter aux autres.

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  • Est-ce abordable financièrement ?

    Le tarif pour être membre d’un réseau oscille généralement entre 20 et 100 € par an. Certaines activités sont gratuites sauf quand il s’agit d’un déjeuner ou d’un dîner qui restent à la charge du membre. Intégrer un réseau implique un coût mais il faut savoir investir pour récolter.

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Les différents types de réseaux

Difficile de passer en revue l’intégralité des réseaux existants entre les réseaux d’anciennes par école, les réseaux par métier, par secteur, par loisirs, mais voici un florilège de réseaux et clubs dédiés aux femmes, mixtes ou non.

     

  • Les réseaux par fonction : il existe de nombreux réseaux par fonction réunissant par exemple les directrices de communication d’un secteur d’activité ou du public, les ingénieures, les avocates, les journalistes, les juristes d’entreprise, les directrices de marketing, les assistantes de direction…

     

    Ainsi les femmes professionnelles de la fonction achats des grandes entreprises ont créé en 2010 leur « think tank » CPO Women qui a pour objectif de faire progresser le management des achats, et le leadership au féminin. CPO Women organise des rencontres pour échanger entre membres sur une thématique de travail, les informe des lois et des obligations, favorise le développement de ses activités en réseau via le site internet, ou encore participe à la promotion des femmes dans le monde du business.

     

  • Les réseaux par secteur économique : il existe des réseaux ou des clubs réunissant les femmes dans les nouvelles technologies, la communication, la finance, le marketing, les médias, le vin, le bâtiment, l’immobilier, l’automobile etc.

     

    Ainsi dans la fonction ingénieure, il existe une initiative collective qui réunit les associations Femmes Ingénieures, Femmes et Sciences, Femmes et Mathématiques, des femmes ingénieures issues de grandes écoles, d’universités, d’entreprises comme les femmes ingénieures d’Orange qui se transforment en ambassadrices de leurs métiers et de leur secteur, tout en transmettant des messages personnels sur les carrières féminines, leur parcours et la conciliation de leur vie professionnelle et familiale.

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  • Les réseaux « d’anciennes élèves » : ils réunissent les femmes issues des Grandes Ecoles, le groupe GEF, Grandes Ecoles au Féminin, pour ne citer que lui qui réunit les associations d’anciennes de 9 grandes écoles : ENA, INSEAD, ESSEC, HEC etc.
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  • Les réseaux féminins interentreprises : ils se sont développés dans différents secteurs économiques. Parmi eux, citons le Cercle InterElles né en 2001 de façon informelle et qui est aujourd’hui un « Réseau de Réseaux » de femmes cadres du secteur des technologies et représentant les entreprises technologiques suivantes : Air Liquide, Areva, CEA, EDF, Orange, GE, IBM, Lenovo, Schlumberger, Thales. On y adhère en étant coopté par un membre actif. Les membres du Cercle InterElles agissent sur le terrain en s’appuyant sur leur réseau pour favoriser le développement des carrières féminines, augmenter le recrutement de femmes dans les filières techniques. A travers leurs réunions et ateliers, les membres partagent leurs pratiques d’entreprises et proposent des actions permettant de favoriser la mixité à tous les niveaux dans l’entreprise. Citons aussi le réseau Accent sur Elles lancé dès 200O en France par Accenture qui réunit des femmes à des postes de responsabilités dans des grandes entreprises et des administrations.
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  • Les réseaux intra-entreprise : ils sont nombreux. Le programme interne Accent sur Elles pour les femmes salariées d’Accenture, O’pluriel qui est le réseau mixte d’Air Liquide, les réseaux ELLES et WIT (Women In Technology) d’IBM, et leur réseau social européen Women in Europe créé en 2009, le Global Diversity Network réseau international d’Orange, le « Réso » égalité, un réseau actif d’Orange dans le sud, le réseau Lenovo Think’Elles des femmes travaillant chez Lenovo qui ont lancé un programme WILL (Women in Leadership) afin de promouvoir la carrière des femmes salariées de Lenovo, ou encore Interp’Elles le réseau mixte du groupe EDF.
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  • Les réseaux de femmes cadres et cadres supérieures : ils existent depuis quelques décennies déjà mais ils se sont fortement professionnalisés et ont pris une ampleur internationale pour certains, mettant à la disposition des membres des outils professionnels. Parmi ces réseaux structurés, European Professional Women’s Network (EPWN) se définit comme le 1er réseau de femmes cadres supérieures et entrepreneures en Europe. Présent dans 18 villes en Europe, l’association qui a été créée en 1996 compte 1 500 membres à Paris et vient d’ouvrir une antenne à Marseille. Parmi ses missions EPWN a pour but d’aider les femmes dans leur carrière en proposant des formations, du mentoring avec la création d’un binôme mentor/protégée, l’accès au réseau français et européen grâce à l’annuaire des membres sur la plateforme, et des informations et réflexions via un « think tank » en ligne. Très actif, le bureau parisien organise plusieurs événements et rencontres par mois. Ses membres sont majoritairement des femmes actives, mères de famille, entre 30 et 45 ans, cadres supérieures avec un haut niveau de responsabilités. Ce réseau est doté d’une plateforme internet puissante et riche d’informations. EPWW diffuse aussi une newsletter aux membres et non-membres ce qui permet d’accéder à un calendrier européen des événements et à l’agenda du club parisien.
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  • Les réseaux de cadres supérieurs par secteur : il y a plus de vingt cinq ans naissait par exemple Cosmetic Executive Women qui est toujours actif aujourd’hui. Cette association qui réunit environ 200 femmes du secteur de la beauté organise des rencontres régulières autour de conférences et de commissions de travail sur des sujets liés à la profession. Cosmetic Executive Women créée par Françoise Montenay mène aussi des actions caritatives concrètes dans les Hopitaux en permettant à des hommes et des femmes malades de bénéficier de soins esthétiques gratuits. Chaque année, l’association organise un dîner de gala pour lever des fonds et financer cette action caritative spécifique avec l’aide de ses membres bénévoles.
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  • Les réseaux basés sur la solidarité : certains réseaux s’inscrivent clairement dans une démarche de solidarité vis-à-vis des femmes en les accompagnant concrètement dans la recherche d’emploi ou la création d’activité économique. C’est le cas de l’association Force Femmes, dédiée aux femmes de plus de 45 ans, et de Retravailler, une structure plus ancienne qui a d’abord oeuvré à la généralisation du travail des femmes ayant élevé leurs enfants et au désenclavement des orientations et carrières de femmes. (voir le chapitre « recherche d’emploi, rubrique Trentenaires, Quadras et +.)
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    Autre association qui se distingue dans cette catégorie est le club Féminin Pluriel qui rassemble des femmes chefs d’entreprise, en profession libérale, ou cadres supérieures dans la fonction publique. Cette association qui rayonne à Paris, et en région PACA, a été créée en 1992 dans l’objectif de permettre aux femmes d’optimiser leur activité professionnelle, de développer leur réseau, de partager leurs expériences et/ou tout simplement d’entretenir des liens d’amitié. Toutefois la notion de solidarité envers des membres sur le plan professionnel, ou pour des actions caritatives sont des critères d’adhésion incontournables tout comme la réussite professionnelle. Les membres sont donc sélectionnées sur des mo- tivations tant morales que professionnelles. Féminin Pluriel joue aussi le rôle de facilitateur auprès de ses membres et leur fille ayant des projets de création d’entreprise, avec un accompagnement concret et professionnel.

     

  • La passion ou l’intérêt pour un sport ou une activité peut permettre de se constituer un réseau social et professionnel rapidement tout en passant un moment agréable en dehors d’un contexte professionnel. Ainsi quelques réseaux ont vu le jour autour de l’oenologie, la gastronomie, le golf comme Ladies Only, un nouveau club lancé en 2010 pour réunir des femmes amatrices de golf, ou encore le Cercle des femmes de vin, un regroupement de viticultrices de toutes les régions de France.

    Enfin notons Le Laboratoire de l’Egalité qui est une association unique créée en 2010; elle réunit des réseaux de femmes, des experts femmes et hommes issus du monde universitaire ou de l’entreprise, des chercheurs, des élu(e)s, des acteurs associatifs, tous engagés dans la promotion de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Son objectif est de réunir des compétences diverses pour faire progresser l’égalité professionnelle et parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics et aux décideurs économiques. Né du constat que les inégalités entre les femmes et les hommes restent flagrantes dans la vie professionnelle et qu’il est temps d’instaurer une égalité réelle, le Laboratoire de l’Egalité s’est fixé comme priorité d’agir et de faire des propositions concrètes sur quatre axes : le congé parental, les retraites, le temps partiel, et les inégalités salariales.

Nos conseils

  • Ne restez pas seule que vous soyez salariée d’une entreprise, en profession libérale ou sur le marché du travail : rejoignez un réseau qui vous apportera un bénéfice personnel et/ou professionnel.
  • Osez intégrer des réseaux, vous exposer et faire connaître vos ambitions au sein de votre entreprise ou de votre réseau relationnel.
  • Indiquez dans votre CV la mention « networking » en précisant le nom du réseau et le cas échéant vos fonctions ou responsabilités ; c’est un plus !
  • Faites passer vos frais de participation à un réseau sur vos dépenses professionnelles car c’est indiscutablement utile à votre entreprise.
  • Le temps est nécessaire pour « réseauter », optimiser.

 




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