Mener de front carrière et parentalité

Un challenge pour l’individu, un défi pour les entreprises

La France est le champion européen de la natalité avec 2,01 enfants par femme, une politique encouragée par les pouvoirs publics. Parallèlement de grandes entreprises qui ont intégré le fait que leurs salariés, hommes ou femmes, sont aussi – et avant tout des parents ont pris des mesures exemplaires en matière de parentalité. Assouplissement des horaires, développement des services pour que pendant la maternité le lien… avec le bureau ne soit pas coupé, accompagnement des jeunes mamans au retour de la maternité, soutien pour la Charte de la parentalité. Ces mesures sont vitales pour l’épanouissement des femmes au travail, la diminution du stress des mamans, la performance.

Etre parent est le métier le plus difficile, reconnaît la sagesse populaire. Et donc l’affaire non seulement du couple parental ou du parent isolé, mais de la société toute entière. Si l’enquête « Familles et employeurs » (INED-INSEE 2 004) démontre que les Français sont relativement satisfaits par les services offerts par l’Etat, une aide qui selon l’OCDE représente plus de 3,5 % du PIB, 6 salariés sur 10 désirent une plus forte implication des entreprises. Elles disent partager ce souhait. Plus de trois quarts des employeurs revendiquent une responsabilité en matière de conciliation travail-famille. Leurs motivations : réduction de l’absentéisme, amélioration de la productivité, pouvoir d’attraction auprès des salariés… Mais, encore une fois, les actes suivent trop rarement les beaux discours.

Un problème de santé publique : l’augmentation des prématurés due au stress, a engendré au début des années 2000, une vraie prise de conscience. Certes en 2004 les pouvoirs publics, alertés, avaient créé le crédit d’impôt famille donnant droit à des déductions fiscales pour les entreprises organisant des modes de garde. Et en 2006 le Chèque Emploi Service Universel (CESU) préfinancé, aujourd’hui distribué par nombre de comités d’entreprise (Groupama, SFR, Crédit Agricole…) permettait aux salariés de rémunérer un mode de garde ou un prestataire de service. Mais en 2008, la Charte de la Parentalité initiée par Charlotte Bouvard, Présidente de SOS Préma et soutenue par l’Oréal représentait une véritable innovation. L’association partait d’un constat alarmant : chaque année, près de 65 000 bébés (soit 8,1 % des naissances) naissent entre 5 mois et demi et 8 mois de grossesse, un chiffre en constante augmentation. Une des causes principales est le stress au travail (Etude SOS Préma-Institut des mamans, février 2007).

D’après l’étude SOS Préma-Institut des Mamans, 36 % des salariées du secteur privé sont stressées à l’annonce de leur grossesse, 28 % ont trouvé un accueil défavorable à leur retour de congé maternité et 19 % estiment que celle-ci a eu un impact négatif sur la perception de leurs compétences.

Partenaire dès 2005, L’Oréal a aidé l’association à formaliser la charte de la parentalité ayant pour but une meilleure gestion, par les entreprises, de la parentalité. Il s’agit de faire évoluer les représentations qui y sont liées, de créer un environnement favorable aux salariés-parents et de respecter le principe de non-discrimination dans leur évolution professionnelle.

Début 2011 la charte avait 225 signataires dont la moitié seulement sont des grands groupes selon L’Observatoire de la Parentalité en Entreprise (créé en 2008) qui a pour mission notamment de promouvoir la charte auprès des entreprises. La question ne concerne pas seulement les femmes : plus de 80 % des pères managers attendent des actions concrètes de la part des entreprises et un renouveau des pratiques managériales, révèle une étude (2 008) du cabinet Equilibres. Menée auprès de cadres de haut niveau, elle révèle aussi que 48 % d’entre eux avaient pris la totalité de leur congé paternité, et 12 % une partie de celui-ci. Sur plus de 530 000 congés parentaux, seulement 1,8 % sont pris par des hommes et une femme sur deux demande un congé parental faute d’avoir trouvé un mode de garde.

En 2008, un Guide de la parentalité destiné aux hommes (ORSE) rappelait que 14,2 % des mères sont inactives contre 1,4 % des pères. Schneider Electric précisait en 2004 dans un accord d’entreprise : « La hiérarchie ne doit en aucun cas restreindre l’accès au travail à temps partiel, notamment  pour les hommes. » Hommes et femmes doivent prendre leur congé de paternité/maternité sans « être déconsidérés par leurs collègues et leur hiérarchie. » Pour que les futures mamans ne pâtissent pas professionnellement de leur absence, quelques entreprises, comme Air liquide, SFR, ou le Crédit Agricole, organisent un entretien obligatoire entre la direction des ressources humaines, la future maman et son manager avant tout départ en congé de maternité. Après avoir accouché, elles peuvent également dans plusieurs grandes compagnies continuer à se tenir au courant grâce à un accès à l’intranet.

Les entreprises ont trois leviers pour faciliter la vie des parents : les services, les prestations financières et l’organisation des horaires de travail. Très demandée, une certaine souplesse des horaires, favorisée par le télétravail, remet en cause le « présentéisme » pointé du doigt dans un rapport de l’OCDE sur la conciliation (OCDE, 2 008) : « certaines cultures d’entreprises, notamment françaises font de la présence extensive au travail un signe de motivation. » Il s’agit d’y substituer une culture du résultat et certaines sociétés affirment même haut et fort que « les réunions tardives ne constituent pas une garantie d’efficacité. » L’enseignement par internet (e-learning) investit aussi la formation continue, dispensée selon des modules plus courts. L’Oréal a innové en offrant la possibilité aux mères et pères d’un enfant de moins de douze ans de s’absenter un, deux, trois ou quatre mercredis par mois. Mais il est vrai que la souplesse horaire concerne des événements (rentrées scolaires, maladies des enfants) davantage que le quotidien. Bien que marginaux, les services pour faciliter le quotidien sont très appréciés de leurs bénéficiaires.

Lors de son installation à Rueil Malmaison, Schneider Electric a rendu accessible à ses 1 450 collaborateurs des services variés allant de la cordonnerie aux démarches administratives. En 2009, les trois services les plus utilisés ont été le pressing (44 %), le repassage (14 %) et le lavage auto-moto (13 %). Souvent réclamées, les crèches d’entreprises sont encore rares, à peine 200 en 2005 pour environ 20 000 enfants.

Malgré les incitations fiscales, les projets demeurent peu nombreux : seulement 1,2 % des établissements envisageaient d’en créer en 2005. Finalement, rappelle l’enquête Familles et employeurs, les services non liés directement aux enfants, comme le financement d’une mutuelle, sont plus proposés que ceux liés à la conciliation vie familiale-vie professionnelle. Les prestations financières constituent un troisième volet d’action. Le comité d’entreprise de Schneider Electric met ainsi à disposition des salariés des CESU afin de faciliter l’accès aux services à la personne. Le personnel féminin ouvrier et ATAM du groupe bénéficie également d’augmentations annuelles systématiques pour éviter l’impact des congés maternité sur l’évolution des salaires.

Chez L’Oréal, la rémunération du congé paternité de onze jours est totalement prise en charge. Chez Groupama, les primes peuvent atteindre jusqu’à 1 680 euros en cas de naissance ou d’adoption. Le groupe consacre ainsi 0,60 % de sa masse salariale au titre des congés pour événements familiaux et 1,7 % au titre des éléments de primes liées à la situation de famille. Malgré ces exemples positifs qu’on aimerait voir déployés dans toutes les entreprises, grandes et petites, de fortes inégalités subsistent entre salariés, et il semblerait que les prestations (financières et autres avantages) restent plus fréquentes dans la fonction publique. Comment s’en étonner, d’après les enquêtes, les pères fonctionnaires sont plus investis dans les tâches parentales et ont davantage de chérubins.

Entreprises françaises, si vous voulez davantage d’enfants – donc de futurs clients - encore un effort !


haut de page